Cela fait plus de 10 ans que mon frère m’a mis au courant de son diagnostique du VIH, cela faisait cinq ans qu’il l’avait appris. Je trouvais que c’était une belle marque de confiance, même si cette confidence m’a très ébranlé. Lorsqu’il me la dit, les deux bras m’ont tombé. Pour moi, le VIH était une maladie pour les autres. Je ne pensais pas à ça, je ne croyais pas que quelqu’un de ma famille pourrait le contracter. Je voyais la publicité mais ce n’était pas quelque chose qui me touchait personnellement, c’était une maladie qui frappait les autres même si je savais que mon frère était gay. Je ne pensais pas que cela pourrait arriver dans la famille. Personnellement, je n’ai jamais ressenti la peur d’être contaminé par mon frère, je n’avais pas peur pour moi mais pour lui. J’ai eu beaucoup de peine, je n’arrêtais pas de penser à cela. Pourquoi lui? Ce qui me préoccupait le plus, face à cette annonce de la séropositivité de mon frère, c’était qu’il était pour mourir. Je le voyais déjà comme mort, sa vie achevait.
Nos relations ont sûrement changé depuis l’annonce; avant je ne me préoccupais pas de la vie de mon frère de la même façon. Depuis l’annonce de son état, maintenant lorsque je le vois, je me préoccupe plus de sa santé (même s’il prend des ARV), je m’informe et je lui porte attention. J’ai plus de contact avec lui, il me parle de ses malaises, de ce qu’il vit. Je n’ai pas eu à annoncer à d’autres personnes qu’il était atteint du VIH; il avait choisi lui-même à qui ils voulaient le dire et ceux qui ne le sauraient pas pourtelle ou telle raison. J’ai su quelles personnes étaient au courant et j’ai pu en discuter avec eux. Tous semblent avoir surmontés cette confidence.
Pour ce qui est de ma mère, je trouve qu’elle a parfois de drôle de réaction; c’est comme si elle n’avait pas conscience que mon frère est malade. Elle lui demande beaucoup de services, et comme il a tellement grand cœur, il dira oui même si parfois il est tellement fatigué que cela l’épuise complètement. On dirait qu’elle n’a pas de cœur pour lui, elle ne réalise pas qu’il a la maladie, elle sait et c’est comme si elle ne voulait rien savoir. J’en parle parfois avec elle et elle me dit avoir demandé tel ou tel service à mon frère mais qu’il ne le fait pas. Je réponds : «Maman, il est fatigué, il est malade, il n’est pas toujours en forme». Elle me répond : «Oui, mais il m’a dit qu’il voulait le faire». Je dois lui répéter souvent « Maman, il veut le faire pour te faire plaisir, il est fatigué, il est rendu à bout». C’est comme si la maladie n’existait pas pour elle!
Vivre auprès d’une personne atteinte ça ne change rien dans le quotidien. Je n’ai jamais ressenti le besoin de m’éloigner de lui ou de prendre une certaine distance. J’ai plutôt ressenti le besoin de me rapprocher de lui car je l’aime beaucoup. S’il devait cheminer en fin de vie, je l’accompagnerai. Si j’avais des conseils à donner à un proche qui vient d’apprendre le diagnostic d’une personne qui lui est chère, je lui suggèrerais d’être proche de lui, de ne pas le laisser seul avec la maladie, d’être près de lui. De s’en occuper, de lui prêter attention, de le protéger sans le surprotéger, de l’aimer encore plus car il peut partir, développer des maladies et tomber gravement malade. Peut-être aussi de profiter du temps qu’il est en vit, de profiter de la relation.