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Témoignages
 

Vivre en couple avec une personne atteinte du VIH

Je suis tombée en amour à deux reprises avec des hommes qui étaient atteints du VIH. Ma première aventure a duré 3 mois, il est décédé et c’était correct. Je n’étais plus capable, il m’avait vidé, j’étais à bout.  Deux ans après, je me réinvestissais dans une autre relation amoureuse avec un homme lui aussi atteint du VIH.

Dès le début de ces relations, je savais que les personnes étaient atteintes du VIH.  Dans mon milieu de travail et dans ma famille (mon frère), il y avait des personnes atteintes mais le VIH ne me faisait pas peur, car je considérais tout simplement que cela n’était pas pour moi. À ce moment-là, j’étais une femme dans la quarantaine qui avais seulement le gout d’aimer et d’être aimer.  Comme j’étais déjà au courant du diagnostique de ces personnes, il n’a pas eu de discussion sur la maladie au début.  Je n’avais pas de barrière, j’aurais dû en mettre mais j’en n’avais pas. Je crois que j’avais démystifié, banalisé la maladie. C’était impossible que moi je la contracte, en fais je ne me préoccupais pas beaucoup de la maladie.  Je trouvais injuste que ces personnes soient infectées, mais j’étais tellement dépendante affective que j’entrais dans ces relations sans me questionner.  J’aimais tellement ces personnes-là que je ne pensais tout simplement pas qu’elles puissent tomber malade.  Je me disais que quoi qu’il arrive, je serai là.  Je me sentais comme une sauveteuse,  je me disais je vais aider l’autre mais moi je m’oubliais.

À ma deuxième relation, lorsque j’ai eu à annoncer pour la première fois à mes proches que j’allais vivre avec une personne qui avait le VIH, j’avais très peur de leurs réactions.  Cependant,  cela s’est bien passé dans l’ensemble car je n’ai pas eu de commentaires négatifs d’eux.  Il y a eu par contre ma tante, qui vivait dans la même maison que moi (au 1er étage), qui a trouvé cela difficile.  Elle était âgée, elle avait beaucoup de peine car elle avait peur pour moi.  Elle était sûre que j’allais être contaminée et elle tentait de m’en dissuader!  Elle a mis du temps à comprendre qu’il n’y avait pas de danger pour moi.  Cela a été long et difficile pour elle a accepté mais elle a fini par s’adapter.  Par la suite, lorsque mon conjoint a tombé malade, elle allait le visiter pour voir si tout allait bien. Comme il ne pouvait demeurer seul, elle allait jouer aux cartes pour s’en occuper.

Au début on s’aimait et on vivait un jour à la fois sans penser au lendemain. Les projets de couple n’existaient pas dans ma relation.  Je ne faisais pas de projet à long terme, je vivais ma relation au jour le jour.  Je me disais cela va bien aujourd’hui et si un jour il tombe malade, je serai là pour le soigner, m’en occuper.  Lui de son côté, faisait plein de projets pour lui, lorsque cela irait mieux disait-il, mais aucun projet à deux. Avec le temps, notre relation a beaucoup changé. Lorsqu’il a été malade,  je m’en suis occupée car  j’avais besoin d’amour.  Je me donnais sans compter mais lui ne s’occupait pas de moi, même si je donnais beaucoup,  je n’avais rien en retour car il ne pensait qu’à lui.  Avec lui, je ne pensais pas vraiment à la mort même si j’avais un premier conjoint qui était décédée. Ma dépendance affective, le besoin d’être aimé était plus fort, ça me paissait par-dessus la tête. Je crois que j’étais pour lui une aidante.
Un jour, il y a une personne qui m’a dit : « Qu’est-ce que tu fais là?!  Qu’est-ce que tu fais avec un gars malade, toi tu ne l’es pas, tu ne mérites pas ça!». Quand il m’a dit cela, j’ai réalisé que donner et donner me rendait malade à mon tour, en plus pour un gars qui ne donnait rien en retour!  Comme j’étais séronégative et que j’ai ressenti un moment donné une certaine peur d’être contaminé, je suis allée passer un test de dépistage.  Lorsque j’ai passé ce test j’ai eu peur.  J’ai eu tellement peur que je n’étais plus capable d’avoir de relation sexuel avec lui, je n’étais plus capable, je ne voulais plus qu’il m’approche.  Je me suis dis que c’était une bonne chose que cette prise de conscience arrive dans ma vie car avant je ne faisais pas attention à moi. J’ai maturé dans ma tête,  je pense à moi maintenant. Si cette prise de conscience ne m’était pas arrivée, je crois que je ne me serais pas réveillée.

Par la suite, j’ai mis fin à la relation qui durait depuis 3 ans. Je me suis jurée que plus jamais je ne retomberai en amour, je n’ai plus confiance en personne.  Souvent avec le sida, il y a toutes sortes d’infections outre les champignons dans la bouche, l’herpès… Moi, l’herpès et les MTS, je n’ai jamais eu cela dans ma vie. Je me dis que ces gars-là sont sujets à toutes sortes d’infections, je ne veux pas attraper quoi que ce soit,  je suis « clean » et je veux le rester. Lorsque j’étais avec la deuxième personne, il a eu du psoriasis et je l’ai aidé et traité mais c’était avant ma prise de conscience…

Pour moi, vivre le quotidien avec un conjoint atteint du VIH, demandait beaucoup, beaucoup de travail. J’oubliais mes propres besoins pour ne répondre qu’à ses besoins à lui, j’avais un peu le rôle d’infirmière.  Avec le recul,  j’essaie de ne plus y penser,  je le vois d’une autre façon, comme un bon ami. S’il avait du mal encore,  je m’en occuperai mais jusqu’à un certain point. J’irai chercher de l’aide pour lui mais pas au point de m’oublier.  Je ferai ce que je peux et ce que j’ai envie de faire. Ça ne me touche plus de la même façon, il n’est plus directement dans ma vie, je ne suis pas sa garde-malade, ni son infirmière.  Si j’avais des conseils à donner à une personne qui vient d’apprendre le diagnostic de son conjoint,  je lui suggèrerais « Protèges-toi! Ne fais pas ce que j’ai fais, protèges-toi! ».  Je lui dirais de penser à elle, de ne pas s’oublier et de se protéger physiquement et psychologiquement dans sa relation.

Louise

 
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